J'étais sur la route qui mène au Breil jeudi dernier. Il y avait du verglas partout. Une voiture devant moi fait un tonneau et se retrouve les roues en l'air.. Le conducteur sort un bras par la vitre cassée pour me dire de m'arrêter. Je me gare un peu plus loin et je lui porte secours.
C'est une femme... Elle veut absolument sortir de sa voiture. Je sais pourtant qu'il ne faut pas bouger les accidentés de la route. Je vérifie qu'elle n'est pas trop abimée, elle sent ses jambes et elle veut sortir. Je réussi à l'extraire de son véhicule. Elle saigne de la main ,rien de grave. Elle ne tient pas sur ses jambes, elle pleure. Le sol est glacé. Je voudrai l'allonger. Je lui propose d'aller dans ma voiture. Elle me demande d'appeler son mari .Ensuite j'appelle les pompiers. Elle n'arrête pas de pleurer. J'essaie de discuter avec elle. Elle habite à Vieux Vy sur Couesnon et elle fait des ménages. Avant elle habitait à Thorigné mais c'était trop cher. Son mari travaille à Vezin Le Coquet. Elle a commencé à travailler à 7 h ce matin à Noyal et elle pleure encore. Je veux la rassurer que ce n'est pas si grave, que de la tôle etc... Mais rien n'y fait : « De toute façon tout va mal ». Je vois une grande détresse sur son visage et une grande lassitude.
Les pompiers arrivent, ils me connaissent bien...Mais cette fois-ci ce n'est par pour moi. Ils la prennent en charge.
Je crains l'arrivée du mari, j'ai tort. Il jette, juste, un coup d'œil à la bagnole sur le toit et avance inquiet vers sa femme. Un pompier le rassure mais il n'entend plus rien. Il n'arrête pas d'embrasser sa femme de lui caresser la tête. J'observe de loin cette scène d'Amour.
Il me parle encore : « La gendarmerie va bientôt arriver , il est temps pour moi de partir. Je suis toujours immatriculé en 85. J'espère tenir deux ans »
Je me dis que c'est vraiment bête que ces gens habitent si loin.
Les pauvres de la grande banlieue de Rennes Métropole viennent faire le ménage chez les riches. Je pense à nous, à notre programme, à nos ambitions : mixité sociale, déplacements ….
Jacqueline De Romilly est morte. Je ne vais pas joué les intellectuels, je n'ai rien lu d'elle. Mais je l'avais écouté à la radio , il y a deux ans environ. Son énergie sa connaissance de la Grèce antique et ses convictions sur la démocratie m'avait étonné. Je m'étais dit qu'il faudrait acheter un de ses livres mais je n'ai pas pris le temps de le faire.
En lisant les articles que la presse à fait sur elle, un mot revient dans les choses qu'elle a combattu : l'inculture.
Oui, voilà, c'est cela le mal de notre civilisation contemporaine, l'inculture. C'est tellement vrai. Tout est fait pour nous maintenir dans cette inculture en même temps nous avons notre liberté d'agir. Et pourtant nous subissons. Et les pauvres, comme cette femme de l'accident, sont encore plus victimes que les autres de cette pression vers le bas qu'on nous gave à longueur de journée.
Entre la femme de l'accident et Jacqueline De Romilly, il y a un gouffre. Ce gouffre doit être comblé si nous voulons avancer vers l'Humanité que nous souhaitons. Pourtant toutes les décisions qui sont prises dans les pays développés tendent à rendre l'accès à la connaissance de plus en plus difficile.
Platon disait que la Démocratie était la capacité des hommes à accepter d'être gouverné et celle d'accepter de gouverner. Ce qui implique que l'état mette tout en œuvre pour former, éduquer, les citoyens. Il y a du boulot!
En cette fin d'année je vous souhaite pas trop d'Ipad mais des bons livres. D'être heureux en amour et en famille, forcément une bonne santé, des amis désintéressés et intéressants.
Et engagé-vous car il y a du travail !
Bonnes fêtes de fin d'année
Denis

